Acheter un bien immobilier en France en tant que non-résident : procuration, documents et traduction
Immobilier en France

Vous vivez à l'étranger et souhaitez acquérir un logement en France ? C'est tout à fait possible : aucune condition de résidence n'interdit à un non-résident d'acheter un bien immobilier français. Le recours au notaire est cependant obligatoire, et la signature à distance passe le plus souvent par une procuration — un document qui, lorsqu'il est établi hors de France, peut exiger une apostille et une traduction assermentée.
Introduction
Chaque année, de nombreux acheteurs installés hors de France — dont beaucoup de ressortissants turcs ayant des attaches familiales, professionnelles ou patrimoniales avec la France — franchissent le pas de l'acquisition immobilière. La loi française n'impose aucune condition de nationalité ni de résidence pour devenir propriétaire : un non-résident peut acheter un appartement à Paris, une maison sur la Côte d'Azur ou un local commercial exactement comme un résident.
La difficulté n'est donc pas juridique mais pratique : comment sécuriser une transaction lorsque l'on se trouve à plusieurs milliers de kilomètres du notaire ? Comment signer sans faire de multiples allers-retours ? Et surtout, quels documents étrangers faudra-t-il faire traduire et légaliser pour qu'ils soient acceptés en France ? Cet article détaille chaque étape, depuis l'offre d'achat jusqu'à l'acte authentique, en insistant sur la procuration et sur les traductions assermentées, points sensibles pour tout acheteur résidant à l'étranger.
Un non-résident peut-il acheter en France ?
Oui, sans restriction de principe. Le droit français ne subordonne l'acquisition d'un bien immobilier à aucune condition de nationalité ni de résidence. Un acheteur domicilié en Turquie, au Royaume-Uni, aux Émirats ou ailleurs dispose exactement des mêmes droits qu'un résident français pour acquérir un logement, un terrain ou un local professionnel.
Ce qui distingue le dossier d'un non-résident, ce n'est donc pas la possibilité d'acheter, mais l'organisation pratique de la transaction et le traitement fiscal qui l'accompagne. Le notaire examinera notamment la nationalité et le pays de résidence de l'acquéreur, son régime matrimonial s'il est marié, ainsi que l'origine des fonds afin de prévenir tout risque de blanchiment. Ces vérifications sont systématiques et protègent aussi bien l'acheteur que le vendeur.
Le rôle central et impartial du notaire
En France, l'intervention d'un notaire est obligatoire pour toute vente immobilière : c'est lui qui reçoit l'acte authentique, garantit sa validité et procède à sa publication au service de la publicité foncière. Officier public, le notaire est impartial : il ne représente ni l'acheteur ni le vendeur mais assure la sécurité juridique de la transaction pour les deux parties.
Un seul notaire peut suffire pour l'ensemble de l'opération, mais acheteur et vendeur peuvent chacun être assistés du leur, sans surcoût : les deux notaires se partagent alors les émoluments. Pour un non-résident, disposer de son propre notaire présente un avantage évident : bénéficier d'un interlocuteur qui explique la procédure, contrôle les documents étrangers et organise la signature à distance.
Le notaire vérifie également l'origine des fonds et la fiabilité des virements bancaires. En cas de doute, il est tenu à des obligations de vigilance et peut signaler une opération suspecte à l'autorité compétente (TRACFIN). Un acheteur non-résident a donc tout intérêt à préparer en amont ses justificatifs de financement.
Les grandes étapes de l'achat
Le parcours d'acquisition suit une séquence bien établie :
1. L'offre d'achat. L'acheteur propose un prix, souvent par écrit. Une fois acceptée par le vendeur, elle ouvre la phase de négociation et de rédaction de l'avant-contrat.
2. L'avant-contrat : promesse ou compromis de vente. Deux formes existent. Dans la promesse unilatérale de vente, le vendeur s'engage à vendre à un prix fixé et réserve le bien à l'acheteur pendant une durée déterminée (souvent environ trois mois), l'acheteur restant libre de lever ou non l'option. Dans le compromis de vente (promesse synallagmatique), les deux parties s'engagent réciproquement : juridiquement, « le compromis vaut vente ». L'avant-contrat peut être signé sous seing privé ou, de préférence pour un dossier international, en la forme authentique devant notaire.
3. Le délai de rétractation. Après la signature de l'avant-contrat, l'acheteur non professionnel dispose d'un délai de rétractation de dix jours, incompressible, pendant lequel il peut renoncer sans motif et récupérer l'intégralité des sommes versées.
4. Le dépôt de garantie. L'acheteur verse généralement une somme représentant environ 5 à 10 % du prix, qui s'imputera sur le prix lors de la signature finale.
5. L'acte authentique de vente. Après un délai de plusieurs mois (levée des conditions suspensives, notamment l'obtention du prêt, purge des droits de préemption, rédaction), le notaire reçoit l'acte authentique. La signature de cet acte, accompagnée du paiement du prix et des frais, transfère la propriété.
C'est précisément à ces étapes de signature — avant-contrat et acte authentique — que la question de la présence physique de l'acheteur se pose. La procuration en est la réponse.
La procuration : signer sans être présent
L'acheteur non-résident n'a pas besoin de venir en France à chaque signature. Il peut donner procuration à un mandataire (souvent un clerc de l'étude notariale ou une personne de confiance) qui signera en son nom. Plusieurs solutions existent :
- La procuration authentique à distance par visioconférence. Depuis le 21 novembre 2020, un notaire français peut recevoir à distance, par visioconférence sécurisée, une procuration authentique. Le notaire vérifie l'identité, la capacité et le consentement de l'acheteur avec les mêmes garanties qu'en présentiel. C'est souvent la voie la plus simple.
- La procuration établie devant un notaire local. Dans les pays dotés d'un notariat de type latin, l'acheteur peut faire établir la procuration authentique auprès d'un notaire de son pays de résidence.
- La procuration sous seing privé avec signature certifiée, lorsqu'un acte authentique n'est pas légalement exigé, avec certification de la signature par un consulat ou un officier public.
Le choix dépend de la nature de l'acte à signer et du pays concerné. Le notaire français indique la forme requise : mieux vaut le consulter avant d'établir quoi que ce soit à l'étranger.
Apostille, légalisation et traduction des documents étrangers
C'est le point le plus délicat pour un acheteur résidant hors de France. Une procuration ou un document d'état civil établi à l'étranger n'est pas automatiquement valable en France : il doit d'abord être authentifié, puis, s'il n'est pas rédigé en français, traduit.
L'authentification : apostille ou légalisation. Selon le pays d'origine, le document devra recevoir soit une apostille (pour les États parties à la convention de La Haye de 1961), soit une légalisation. À noter une évolution importante : depuis le 1er mai 2025, l'apostille des actes destinés à être produits à l'étranger est délivrée en France par les notaires (via un réseau de chambres compétentes sur l'ensemble du territoire, sans compétence géographique restreinte), et non plus par les parquets généraux des cours d'appel comme auparavant. La compétence en matière de légalisation a de même été transférée au notariat à compter du 1er septembre 2025. Pour un document établi hors de France, c'est en revanche l'autorité du pays d'émission qui appose l'apostille.
La traduction assermentée. Lorsque la procuration ou les justificatifs sont rédigés dans une langue étrangère — par exemple en turc — le notaire exigera généralement une traduction en français réalisée par un traducteur assermenté. Notaires de France précise d'ailleurs qu'une procuration établie devant un notaire local devra, « le cas échéant », être traduite et légalisée en vue de sa production en France. Cette traduction certifiée garantit que le contenu est fidèle et opposable ; une traduction libre est le plus souvent refusée.
C'est ici qu'un cabinet spécialisé comme TercümExpert intervient : traduction assermentée de la procuration, de l'acte de naissance, du livret de famille ou des attestations bancaires, avec un accompagnement honnête sur la chaîne apostille/légalisation à respecter. Nous ne délivrons pas l'apostille — elle relève de l'autorité compétente du pays d'émission — mais nous préparons des traductions acceptées par les notaires et les administrations françaises.
Quels documents faut-il préparer ?
Chaque étude fixe sa liste, mais un dossier d'acheteur non-résident comporte le plus souvent :
- une pièce d'identité en cours de validité (passeport ou carte d'identité) ;
- des justificatifs d'état civil : acte de naissance, et le cas échéant acte de mariage et contrat de mariage (pour déterminer le régime matrimonial) ;
- des justificatifs de domicile dans le pays de résidence ;
- les justificatifs de financement : attestation de fonds, offre de prêt, preuve de l'origine des sommes ;
- la procuration dûment établie si l'acheteur signe à distance.
Les documents rédigés en langue étrangère devront, dans la plupart des cas, être accompagnés d'une traduction assermentée en français, et parfois d'une apostille. Il est vivement conseillé de demander à votre notaire la liste précise et la forme exigée avant d'engager les traductions.
Financement, comptes bancaires et fiscalité : quelques repères
Un non-résident peut financer son achat par apport personnel ou par un crédit immobilier. Les établissements bancaires appliquent leurs propres critères aux emprunteurs non-résidents, et l'ouverture d'un compte en France facilite souvent les virements et le règlement des charges. Les flux financiers font l'objet d'une surveillance, et le notaire s'assure de la traçabilité et de l'origine des fonds.
Sur le plan fiscal, deux points méritent l'attention du non-résident :
- La fiscalité à la détention et à la revente. Les règles de plus-value diffèrent selon que le bien est une résidence ou un investissement, et selon la durée de détention. Lors de la revente, un non-résident doit en principe désigner un représentant fiscal en France. Cette obligation connaît toutefois des exceptions : elle ne s'applique pas, notamment, aux personnes domiciliées dans un État de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative, ni aux ventes dont le prix est inférieur ou égal à 150 000 € par cédant, ni lorsque la plus-value est exonérée du fait de la durée de détention (22 ans pour l'impôt sur le revenu, 30 ans pour les prélèvements sociaux).
- La succession. Depuis le 17 août 2015, en application du règlement européen sur les successions, la dévolution successorale suit en principe la loi du pays de résidence du défunt, ce qui peut modifier les héritiers et les droits applicables.
Ces règles évoluent régulièrement et dépendent des conventions fiscales entre la France et le pays de résidence de l'acheteur. Nous ne fournissons ici aucun conseil fiscal chiffré : seuls votre notaire et l'administration fiscale peuvent déterminer votre situation exacte.
En résumé
Acheter en France depuis l'étranger est parfaitement possible et bien encadré. Le notaire, obligatoire et impartial, sécurise chaque étape, de l'avant-contrat à l'acte authentique. La procuration permet de signer à distance — par visioconférence ou devant un notaire local — et les documents étrangers doivent être authentifiés (apostille ou légalisation) puis, s'ils ne sont pas en français, traduits par un traducteur assermenté. Une préparation soignée de ces traductions évite retards et refus le jour de la signature.
Foire aux questions
Un non-résident a-t-il besoin d'une autorisation spéciale pour acheter en France ?
Non. Aucune condition de nationalité ni de résidence n'est exigée pour acquérir un bien immobilier en France. Un non-résident dispose des mêmes droits qu'un résident. Le notaire procède simplement à des vérifications d'usage (identité, régime matrimonial, origine des fonds).
Dois-je me déplacer en France pour signer chez le notaire ?
Pas nécessairement. Vous pouvez donner une procuration à un mandataire qui signera en votre nom. Depuis le 21 novembre 2020, la procuration authentique peut aussi être reçue à distance par visioconférence par un notaire français ; vous pouvez également passer par un notaire de votre pays de résidence.
Ma procuration rédigée à l'étranger sera-t-elle acceptée telle quelle ?
En général, non. Une procuration établie à l'étranger doit le plus souvent être authentifiée par une apostille ou une légalisation, puis, si elle n'est pas rédigée en français, accompagnée d'une traduction assermentée. Demandez à votre notaire la forme exacte requise avant de l'établir.
Qui délivre l'apostille en France depuis 2025 ?
Depuis le 1er mai 2025, l'apostille des actes français destinés à l'étranger est délivrée par les notaires, et non plus par les parquets généraux des cours d'appel. La compétence en matière de légalisation a également été transférée au notariat à compter du 1er septembre 2025. Pour un document émis à l'étranger, l'apostille relève de l'autorité compétente du pays d'émission.
Devrai-je payer un impôt en France en tant que non-résident ?
La détention et surtout la revente d'un bien peuvent donner lieu à imposition, et un représentant fiscal peut être requis lors de la vente, sous réserve d'exceptions (résidence dans l'UE/EEE, prix ≤ 150 000 € par cédant, exonération liée à la durée de détention). Les montants dépendent de votre situation et des conventions fiscales : seuls votre notaire et l'administration fiscale peuvent vous renseigner précisément.
Avertissement : Cet article fournit une information générale à jour à la date de sa rédaction et ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal. Les règles de procédure, de fiscalité et de légalisation évoluent et varient selon les pays et les situations individuelles. Avant toute démarche, vérifiez les informations et la liste exacte des documents auprès de votre notaire et sur service-public.fr.
Sources :
- Notaires de France — L'achat immobilier en France par un non-résident
- Notaires de France — Expatriation : faire une procuration à l'étranger
- Chambre des notaires de Paris — Reconnaissance des documents français à l'étranger (apostille depuis le 1er mai 2025)
- impots.gouv.fr — Vente d'un bien immobilier par un non-résident : représentant fiscal
- impots.gouv.fr — Plus-values immobilières des non-résidents
- service-public.gouv.fr — Impôt sur le revenu : plus-value immobilière